Pour Ouest-France, le président de la SNCF revient sur la panne qui a fortement perturbé le trafic au départ et à l’arrivée de la gare Montparnasse depuis dimanche.
Un million et demi de personnes voyageaient en train ce week-end, lors du chassé-croisé entre juillettistes et aoûtiens. Que dites-vous aux passagers affectés par la panne ?
Quelque 55 000 clients ont été touchés. Je tiens à leur exprimer mes plus sincères regrets. Lorsqu’on part en vacances, on s’attend à avoir le parcours le plus paisible possible. Ça n’a pas été le cas. Qui plus est, je reconnais que la SNCF n’a pas suffisamment informé les voyageurs sur les développements de l’incident.
Les personnes concernées peuvent-elles s’attendre à un remboursement intégral de leur voyage ?
C’est bien sûr prévu pour nos clients qui n’ont pas pu voyager. Trois mesures commerciales existent aussi. Pour les billets non-utilisés, l’échange et le remboursement à 100 % sont garantis. Pour les retards dès 30 minutes, c’est 25 % du prix du billet qui est remboursé. En cas de très grand retard, excédant les quatre heures, là aussi, le remboursement intégral sera assuré.
Enfin, si le client a été contraint d’engager des frais supplémentaires du fait de la panne, comme par exemple pour un taxi, il peut effectuer une demande sur le site de la SNCF. Chaque demande sera traitée au cas par cas, en vue d’un remboursement.
La panne a été réparée la nuit dernière. Comment expliquez-vous qu’elle ait duré si longtemps ?
Nous avons détecté un problème sur le réseau samedi, en fin d’après-midi. Malgré nos efforts, nous n’avons pas pu le localiser dimanche, avant l’arrivée des voyageurs. Nous avons alors fait le choix de donner la priorité à l’acheminement des passagers, ce qui nous a laissés peu de temps pour effectuer de plus amples vérifications dans la nuit de dimanche à lundi (l’opération nécessite que le réseau soit hors tension, N.D.L.R.).
Hier, nous avons fait le choix inverse. En fermant la gare Montparnasse, nous avons de fait interrompu le trafic ferroviaire entre 22 h et 6 h dans la nuit de lundi à mardi. Cela a laissé huit heures à cinquante techniciens pour localiser l’origine de la panne et y mettre fin. Ils m’ont informé que l’incident trouvait sa source dans un poste de commande de l’aiguillage, situé à Vanves, au sud de Paris. Un défaut d’isolement a été repéré sur l’installation. La maintenance de l’installation n’est pas mise en cause.
Nous avions récemment procédé à l’extension de cet équipement dans le cadre de la mise en service des nouvelles lignes à grande vitesse vers Rennes et Bordeaux. Une montée en puissance était nécessaire afin d’assurer ces itinéraires. C’est un défaut dans les travaux qui est à l’origine de la panne. Dès son identification, après vérification de milliers de câbles un à un, nous avons pu la réparer.
Pourquoi l’équipement en question est-il tombé en panne en plein week-end de chassé-croisé ?
L’enquête le déterminera. On peut supposer que la forte sollicitation du réseau (du fait du nombre important de passagers à transporter sur un week-end, N.D.L.R.), a joué son rôle. L’aiguillage posait problème sur dix kilomètres à la sortie de la gare Montparnasse. Aujourd’hui, trois TGV sur quatre circulent. L’incident étant réglé, la situation reviendra à la normale dès la première heure demain.
De nombreux clients ont regretté la dégradation des qualités de service, ces trois derniers jours. Une mère de deux enfants a, par exemple, pointé du doigt l’annulation pure et simple du service Junior & Cie (pour l’accompagnement des mineurs à bord). La SNCF a-t-elle failli à ses missions, notamment en matière de sécurité ?
La sécurité a été notre seule obsession pendant deux jours. Aucun problème d’importance n’est à signaler. Dans le cas du service Junior, un texto a été envoyé en amont pour prévenir les parents.
Certains services demandent beaucoup de notre temps. Ils ne peuvent décemment pas être maintenus lors de situations aussi urgentes que cette panne. Encore une fois, nous sommes conscients de l’ampleur du désagrément. Les familles concernées seront évidemment remboursées, du fait de l’annulation du service.
La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a réitéré l’intention du gouvernement de concentrer les investissements sur l’entretien du réseau existant, plutôt que sur de nouveaux grands projets. Comment accueillez-vous cette décision ?
Avec beaucoup de ferveur. Je pense que c’est une orientation prioritaire pour la SNCF. La ministre a demandé à la compagnie de remettre un rapport sur l’incident de Montparnasse d’ici à la fin de semaine.
Notre priorité va aux transports de la vie quotidienne, à l’entretien et à la modernisation des réseaux existants. #E1matin
— Elisabeth BORNE (@Elisabeth_Borne) 1 août 2017
Il sera accessible à tous sur notre site dès vendredi. Après enquête, nous détaillerons précisément les causes de l’incident et formulerons certaines recommandations, qui pourraient aller dans le sens de ce que propose le gouvernement.
À propos de grands projets, vous lanciez le mois dernier la nouvelle ligne à grande vitesse reliant Paris et Rennes en 1 h 25. En êtes-vous satisfait ?
La fréquentation de la ligne est très bonne, dopée par les départs en vacances. C’est un bon démarrage, mais le grand rendez-vous est attendu à la rentrée. L’objectif sera de conquérir de nouveaux clients, plutôt adeptes des trajets en voiture ou en avion. Un public d’étudiants ou de professionnels. Tout un programme.
source : Ouest France